Filière bois : ce qu'il faut savoir

1.      Gestion forestière et multifonctionnalité

2.      La gestion, l’exploitation et le transport des bois

3.      Le cubage des bois

4.      La première transformation du bois : le sciage

5.   Le séchage des bois

6.   La seconde transformation du bois

7.   Le classement des bois d'oeuvre

8.   Durabilité et traitement des bois

 

1.      Gestion forestière et multifonctionnalité : la diversité des usages et fonctions des forêts:

Quelles sont les diverses fonctions de la forêt ?

Les fonctions récréatives de nos forêts se développent avec l’offre touristique. La pratique des sports d’hiver ou des randonnées nécessite d'adapter la gestion forestière aux contraintes paysagères et esthétiques. La chasse quant à elle fait partie du patrimoine local traditionnel de la forêt et participe également aux équilibres cynégétiques (régulation des populations de chevreuils ou sangliers). D’autres activités encore, comme la cueillette (champignons, châtaignes), sont tributaires de la forêt.

Les fonctions de protection des biens et des personnes de la forêt sont également essentielles surtout en zone montagnarde. La forêt, si elle est gérée de manière adaptée peut permettre de limiter les risques de crues, d’avalanches ou de chutes de pierres dans les zones à risque.

Les fonctions environnementales et les enjeux de préservation des milieux et des espèces sont très forts localement, avec la présence d’espèces emblématiques (l’ours, le grand tétra, le gypaète, etc.). 

Restent finalement les fonctions de production de la forêt. Actuellement, comme les enjeux cités ci-dessus se sont développés, la fonction de production de nos forêts a été en partie reportée sur des forêts situées hors du territoire voir hors de la France. Par conséquent on importe du bois des Pays du Nord ou du bois exotique, au détriment de la filière locale et avec des coûts de transports disproportionnés (au niveau économique et écologique).

L’enjeu de notre travail, entre autres à travers ce comptoir des bois locaux, est de recréer un équilibre entre la ressource de bois locale et l’artisan ou l’utilisateur de bois, à une échelle locale, et de manière raisonnée et durable.

 

2.      La gestion, l’exploitation et le transport des bois:

La gestion forestière est mise en œuvre par différents acteurs sur le territoire. En forêt publique c’est l’Office National des Forêts qui gère les forêts communales qui relèvent du régime forestier ainsi que les forêts domaniales appartenant à l’État. L’ONF est en charge de la gestion et de la commercialisation des bois, qui peuvent être vendus soit sur pied soit « bord de route » (les grumes sont exploitées et débardées). Les acheteurs sont soit des scieurs soit des négociants.

En forêt privée, de nombreux acteurs sont présents. Le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) est un organisme public de développement, il vise à accompagner les sylviculteurs privés et à les conseiller pour une meilleure valorisation de la forêt privée. Ses missions s’articulent autour de l’animation, l’information et la formation des propriétaires forestiers.

Le propriétaire doit alors faire appel à d’autres prestataires en ce qui concerne la gestion à proprement parler, l’exploitation et la commercialisation de ses bois. Il peut choisir de faire appel à des experts forestiers ou consultants indépendants ou de s’adresser à une coopérative forestière.

Selon le mode de vente (sur pied ou bord de route) l’exploitation des bois est organisée par le vendeur ou l’acheteur, elle est généralement confiée en sous-traitance à des entreprises spécialisées, les entreprises de travaux forestiers (ETF) ou exploitants forestiers. Les coupes sont achetées soit par des transformateurs (exploitants-scieurs,…), soit par des négociants de bois ou autres entreprises intermédiaires.

 

Quelques chiffres :

  • Coût des bois sur pied : quelques dizaines à quelques centaines d’euros par m3 selon les essences et les qualités. Prix moyen de 30€/m3 pour le sapin ou le hêtre à 60 €/m3 pour du chêne de qualité moyenne. Le prix est modulé en fonction de la taille totale du lot de bois et des conditions d’accessibilité et d’exploitation !
  • Coût moyen d’exploitation : entre 20 €/m3 et 25 €/m3 selon les conditions d’exploitation (pente, accessibilité,…) jusqu’à 50 €/m3 pour de l’exploitation par câble.
  • Coût moyen de transport jusqu’aux scieries locales : 10 €/m3

 

3.      Le cubage des bois

Il s’agit d’estimer le volume de bois avant la commercialisation.

Cuber les grumes :

La grume correspond au tronc (ou à une portion de tronc) abattu et ébranché elle mesure généralement de plusieurs mètres.

 

cubage

 

Une grume n’est jamais parfaitement cylindrique le diamètre inférieur (gros bout) est toujours plus important que le diamètre supérieur (fin bout). Pour estimer au mieux son volume on mesurera le diamètre ou la circonférence au milieu de la grume

Cuber des arbres sur pied :

On peut cuber des arbres sur pied, mais la mesure directe de la hauteur et du diamètre à mi-hauteur n’est pas possible. Il faut alors faire des approximations et le résultat reste une estimation.

Plusieurs instruments de mesure de hauteur et de diamètre existent.

Des formules permettant de calculer au plus juste le volume de l’arbre ont été mises en place par les forestiers : ce sont les tarifs de cubage.

Pour plus d’informations sur le cubage des arbres sur pied à la fiche ci-dessous.

 

ESTIMATION_VOLUME_DES_BOIS.pdf

 

4.      La première transformation du bois : le sciage

On distingue habituellement la première transformation qui correspond à l’activité qui a trait au sciage des grumes et la seconde transformation qui correspond aux transformations ultérieures.

La première opération de sciage consiste à tronçonner la grume en débits, c'est-à-dire en pièces de bois d'une épaisseur standard et d'une largeur qui peut être soit fixée au préalable, soit de la largeur totale de la grume. Il existe différents types de pièces selon le mode de débit.

 

Les différents types de débit des bois :plot

Pour les bois de grande qualité, généralement ceux qui sont utilisés en ébénisterie ou menuiserie, les scieurs constituent des plots. Dans ce cas les débits successifs portent sur la totalité de l'épaisseur de la grume en conservant l’écorce, ce qui permet de reconstituer ensuite l'équivalent du tronc en séparant chaque « planche » obtenue par des tasseaux qui permettent à l'air de circuler, facilitant ainsi le séchage.

Photo ci-contre.

 

 Dans d’autres cas, la largeur de la pièce de bois est ajustée sur une machine appelée déligneuse qui élimine toute partie qui comporte encore de l'écorce ou de l'aubier. Les pièces de bois ainsi obtenues constituent le débit brut :

-  madrier ou bastaing pour les grosses sections carrées ou rectangulaires ;

-        fermette pour les petites sections ;

-        avivé lorsqu’il s’agit une planche.

C’est ce type de débit qui est utilisé classiquement pour fournir les charpentiers.

Le débit sur liste : un charpentier ou autre artisan qui a programmé un chantier peut « passer commande » directement auprès du scieur : il remplit une feuille de débit où il précise les dimensions et la quantité des pièces dont il a besoin. On dit alors que le scieur fait du débit sur liste.

Le sciage à façon : en poussant ce principe un peu plus loin, le client peut apporter directement des grumes de bois au scieur qui lui facture la prestation de sciage au lieu de vendre du bois. On dit alors que le scieur fait du sciage à façon.

 

rendement sciage

 

5. Le séchage des bois :

A la suite du sciage les pièces de bois peuvent être séchées soit naturellement soit artificiellement par différentes techniques.

La vitesse de séchage naturel en extérieur est variable selon les essences : entre quelques mois (pour les pins) jusqu’à un an (pour du chêne) ou plus pour un centimètre d’épaisseur.

Le séchage artificiel permet d’accélérer très sensiblement ce processus. Il existe aujourd’hui 3 principaux procédés de séchage artificiel du bois :

-       Le séchage dit « traditionnel » à air chaud climatisé,

-       Le séchage par déshumidification de l’air (ou par condensation) par pompe à chaleur,

-       Le séchage sous vide.

Très peu de professionnels sont équipés de séchoirs artificiels dans notre région. Plus de détails sur le séchage des bois, les différents procédés de séchage et leurs avantages et inconvénients peuvent être trouvés dans le fichier à télécharger (cliquez ici).

 

6. La seconde transformation du bois

Bois d’œuvre : l’utilisation du bois d’œuvre est liée principalement aux métiers de la construction, de la menuiserie ou du meuble. D’autres métiers existent, même si la consommation de bois est plus accessoire : la fabrication de jeux, la lutherie, etc.

Bois d’industrie : l’utilisation du bois d’industrie est importante puisqu’elle permet de valoriser les produits de qualité moindre et les chutes. On peut citer principalement :

  • Industries du panneau : il existe une diversité de types de panneaux selon la composition et la finition de ceux-ci. Le bas de gamme est constitué par des panneaux de particules ou de fibres (OSB, MDF), ensuite il y a les panneaux contrecollés (une base en panneau de fibre ou de particules avec habillage sur les deux faces par une feuille de bois massif de très faible épaisseur) et les panneaux contreplaqués (superposition de plusieurs feuilles de bois massif en croisant le fil). Ces produits ne sont pas équivalents.

  • Industries de l’emballage : la réalisation de plaquette est intéressante puisqu’elle représente une valorisation intéressante des bois résineux de qualité secondaire.

  • Industries du papier : c'est la plus industrielle des productions de la seconde transformation du bois, car une usine de pâte à papier nécessite de très lourds investissements.

Le bois de chauffage et le bois énergie :

  • Bois bûche

Dans le cas de l’affouage communal, les conseils municipaux des communes forestières accordent à leurs habitants la possibilité de se procurer le bois nécessaire à leur chauffage domestique en le prélevant dans la forêt communale. La mise en œuvre de l’affouage est gérée par l’Office National des Forêts qui garde une trace de cette activité. Le bois est délivré sur pied ou bord de route en échange du paiement d’une taxe d’affouage.

  • Bois énergie

Avec le développement des énergies renouvelables, et l’augmentation du prix des énergies fossiles de nouveaux modes de conditionnement et de consommation du bois sont promus actuellement pour le chauffage et pour la fourniture d’énergie.

-        Le granulé bois ou pellets : fabriquée à base de sciure comprimée

-        Les plaquettes ou copeaux de bois issu du bois déchiqueté

7. Le classement des bois d’oeuvre

Les bois récoltés et commercialisés en forêt présentent généralement une certaine hétérogénéité et n’ont pas tous la même qualité. Des systèmes de classement et des normes ont donc été établis pour distinguer et définir des catégories et ainsi faciliter la commercialisation des bois. Les classements ne sont pas les mêmes en fonction des usages des bois. On différencie dans un premier temps les classements de structure, utilisé pour les résineux principalement et les classements d’aspect concernant en majorité les essences feuillues.

  • Le classement de structure, adapté pour les bois utilisés en construction, est basé sur la résistance mécanique des pièces de bois. Cette résistance mécanique peut être estimée soit par des méthodes visuelles soit par des mesures mécaniques.

Le classement visuel des bois de structure est basé sur l’examen attentif des six faces de la pièce et le relevé des défauts ou singularités présentes (nœuds, de fentes, de flaches, etc.). Le classement de la pièce sera déterminé en fonction de la quantité et la taille de ces singularités, d’autres facteurs tels que l’épaisseur des cernes et l’orientation du fil du bois peuvent également entrer en compte. Les catégories de classement visuel sont notées STI, STII et STIII.

Le classement mécanique est réalisé par des machines homologuées, qui mesurent la contrainte de rupture des bois selon divers procédés (ultrasons, vibrations, tests destructifs). Les classes sont les suivantes C18, C24 et C30. Le chiffre qui suit le C correspond à la contrainte de rupture en flexion en méga pascals (MPa). Le C18 est donc moins résistant que le C24 qui est moins résistant que le C30. Une correspondance peut être faite avec les classes visuelles :

classements de structure

  • Le classement d’aspect, utilisé principalement pour les bois feuillus employés en menuiserie et ébénisterie, s’intéresse principalement aux qualités esthétiques. Un classement par machine est donc moins utile. La norme Européenne NF EN 975-1 définit le classement d’aspect du chêne et du hêtre.

Plus de détails sur le classement des bois en général sur le site du CNDB (cliquez ici). Pour le classement d’aspect des sciages de chêne en particulier, cliquez ici.

 

8. Durabilité et traitement des bois

Le bois en tant que matériau végétal constitue un aliment pour les insectes xylophages et diverses larves, ainsi que pour les champignons lignivores. Les risques de détérioration du bois par ces organismes sont directement conditionnés par le taux d’humidité des bois. Le séchage préalable, mais aussi l’utilisation qui est faite du bois ainsi que la conception des ouvrages (dans le cas de la construction), peuvent donc limiter les risques en maintenant ce taux à des niveaux faibles.

Les différentes essences sont plus ou moins vulnérables aux attaques biologiques. Le duramen ou bois de cœur, qui constitue la partie la plus centrale du tronc de certains bois (sauf bois blancs), est également la partie la plus résistante aux attaques. La résistance de l’aubier, partie périphérique du bois souvent nettement plus claire, aux agents d’altération est la plus part du temps quasiment nulle.

Lorsque la résistance naturelle du bois aux attaques biologiques est insuffisante par rapport à l’utilisation qui va en être faite, il est possible d’appliquer divers traitements pour augmenter la durabilité des bois. L’efficacité de ces traitements est fortement dépendante de la pénétration du produit dans le bois, c'est-à-dire de l’imprégnabilité de chaque essence.

La durabilité et l’impregnabilité des principales essences de bois sur le site du cndb.

Le choix du traitement est fait en fonction de l’utilisation finale des bois. Des classes d’emploi ont été définies et correspondent à différents niveaux de risque. L’utilisation des différentes essences dans ces classes d’emploi, avec ou sans traitement, dépend principalement de leur résistance aux champignons lignivores. C’est ainsi que le sapin (« sapin de pays ») et l’épicéa (« sapin du Nord ») ayant une faible durabilité aux champignons nécessitent des traitements pour pouvoir être utilisés en classe de risque 2 ou 3 contrairement au douglas et surtout au mélèze naturellement plus résistants.

Les classes de risque des principales essences

Attention, la durabilité et la résistance des différentes espèces est également sujette à des variations individuelles, en fonction des conditions de croissance de chaque arbre (largeur de cerne, proportion duramen/aubier, etc.).

Les traitements des bois

La mise en œuvre des produits de traitements préventifs du bois avant son utilisation peut se faire par différents procédés assurant la pénétration et la fixation du produit. Les principaux procédés sont :

  • Le trempage court : immersion du bois dans un bac de trempage contenant une solution insecticide et fongicide.
  • L’imprégnation profonde, par autoclave: on fait pénétrer le produit plus en profondeur dans le bois en faisant le vide dans l’autoclave avant d’y injecter le produit de traitement. Ce procédé permet de saturer les cellules du bois.
  • L’oléothermie : Procédé de traitement «naturel », à base d’huiles végétales chauffées à basse température (120°). Elle consiste à exposer du bois à deux bains successifs d’huiles. Les huiles chaudes pénètrent dans le bois et « prennent la place » de l’eau qui s’est évaporée. Ce type de traitement se caractérise par des phases de séchage et des phases de traitements. Le bois, une fois imprégné par ces huiles (lin, colza,…), devient hydrophobe et moins sensible, voire pas du tout  sensible, aux micro-organismes.
  • Traitement thermique/rétification : Le principe est de « cuire » le bois. Selon les épaisseurs du bois, le taux d’humidité et l’essence,  un cycle peut durer entre 25 et 50 heures. La température moyenne est de 190°C. A la sortie le bois est cuit, il est d’une couleur proche du noir. Plusieurs brevets différents ont été mis en place et sont utilisés en Europe, basés sur des techniques similaires (rétification®, bois modifiés thermiquement BMT®, Thermoprocess®, etc.). Les différences entre ces procédés tiennent principalement à la composition et au taux d’humidité de l’atmosphère dans laquelle le traitement est réalisé mais aussi à la localisation de la source de chaleur dans le four.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils en parlent

  • Pierre-Georges Gonnet, président de l'OMB

    Je suis artisan ébéniste à Gan, pour mon métier j'aimerais pouvoir utiliser plus facilement du bois local au lieu de m'approvisionner auprès des gros négociants. Ce nouveau comptoir des bois locaux est donc une belle initiative pour aller dans ce sens!

  • Pierre-Georges Gonnet, président de l'OMB

    Je suis artisan ébéniste à Gan, pour mon métier j'aimerais pouvoir utiliser plus facilement du bois local au lieu de m'approvisionner auprès des gros négociants. L'initiative de la banque du bois est donc une belle initiative pour aller dans ce sens!